vous lisez...
France, Hakim H. S.tv, Société, Théorie du genre

SOCIÉTÉ : La théorie du genre ou la destruction de « l’hétérosexualité normative »

La théorie des genres c’est quoi ? Après lecture de cet article qui défend cette philosophie vous aurez un aperçut sur ce qu’est cette folie ! Sous couvert de vouloir défendre les différences cette idéologie a moyen terme détruit ce qu’elle est censée protéger en essayant de « détruire » les bases de toutes ces différences : L’Homme et La Femme ! D’après cette théorie et ceux qui la défendent l’enseignement de milliers d’années d’Histoire devrait ne plus être ce qui fait de nous ce que nous somme mais plutôt une liberté totale dans le choix de vie que l’on souhaite s’imposer. Changer les normes pour casser les dogmes ! Mais en voulant libérer l’Humain de ses dogmes en imposants de nouvelles règles de vie cette théorie ne fait telle pas la même chose que ce qu’elle dénonce. C’est a dire créer de nouvelles normes que l’Humain du future devra suivre car influencé par une nouvelle société ou l’Homme et la Femme n’existe plus en tant que référents. La question est qui sera l’exemple dans cette société ? Ou pour madame Butler il ne faut plus qu’il y ai « d’exemple » ? :

« La reconnaissance est un acte qui empêche également le “retour à soi” pour une autre raison. Une rencontre avec Autrui entraîne une modification du soi qui ne peut connaître de retour en arrière. Ce que l’on reconnaît d’un soi au cours de cet échange, c’est que le soi est le type d’être qui ne peut rester en lui-même. On se trouve exhorté et conduit hors de soi ; je découvre que la seule façon de me connaître passe par une médiation qui a lieu en dehors de moi, qui m’est extérieure en vertu d’une convention ou d’une norme dont je ne suis pas l’auteur, dans laquelle je ne peux me découvrir comme l’auteur ou l’agent de ma propre institution. »

H.H. S.tv.

Extrait de Femmes philosophes et philosophie Hiver 2012 par Brigitte Estève-Bellebeau, agrégée de philosophie 

« Si l’on ne s’invente pas soi-même au sens où l’on ne se crée pas soi-même de toutes pièces, il reste que l’on puisse se réinventer par une sorte de “répétition destinée à suggérer une vérité neuve”. »1

Il peut paraitre assez banal a priori de s’interroger sur le rapport qu’entretiennent la philosophie et les femmes. N’a-t-on pas en effet clos ce débat depuis longtemps en répondant d’emblée : « fort peu » si l’on en croit l’histoire des idées ? Combien de femmes ont laissé leur nom en philosophie ? Et celles qui s’y sont essayées, qu’ont-elles dû endurer pour y parvenir ?

Simone de Beauvoir nous l’a fort bien expliqué dans Le Deuxième Sexe : « Personne n’est plus arrogant envers les femmes, plus agressif ou méprisant qu’un homme inquiet pour sa virilité. »

Catherine Malabou elle-même, plus récemment nous le raconte2 à travers sa propre expérience d’élève de khâgne, obligée d’entendre un professeur de philosophie suggérer que les filles pouvaient ne pas écouter les points les plus ardus du cours… (Puisque le concours de l’ENS pour les filles devait être plus facile !)

Mais jusque-là, nous dira-t-on, quoi d’autre ou de plus que ce qui se passe pour les femmes depuis des siècles ? Pourquoi privilégier la philosophie pour y lire la domination d’un sexe par un autre ? Nous répondrons que c’est justement pour ne pas se contenter d’une telle lecture que la philosophie peut devenir un terrain d’étude tout à fait singulier, car il sera question certes de la différence des sexes, mais non sous l’angle connu de son universelle emprise. C’est à questionner le sens même de l’expression, sa validité théorique, ainsi qu’à mettre à jour sa généalogie, que la philosophe Judith Butler, marchant en cela sur les traces de Michel Foucault, s’est essayée avec un succès certain.

Nous chercherons donc à savoir ce qu’une femme, philosophe américaine contemporaine, désormais parfaitement reconnue par le monde universitaire français peut nous apprendre dans ce domaine, à partir de ses recherches sur la question du genre, mais aussi de ses travaux sur l’humain et l’inhumain, concepts taraudés par les normes.

Et nous tenterons de comprendre si sa philosophie permet d’offrir une alternative à l’affirmation de C. Malabou : « La philosophie est le tombeau de la femme. […] La possibilité de la philosophie est en grande partie liée à l’impossibilité de la femme. »3

L’inquiétante étrangeté de l’être genré

J. Butler a vu son nom associé à la théorie queer4, ainsi qu’à la lutte pour la reconnaissance des minorités sexuelles, mais également à la défense de l’humain sous l’angle d’une interrogation sans cesse renouvelée sur ce qui peut rendre une vie humaine vivable.

De son premier livre, Trouble dans le genre, au dernier publié et traduit en français, (hors la reprise de sa thèse) Ce qui fait une vie, Butler s’échine à mettre en évidence ce qui normalement ne se voit pas et ne doit pas se voir : les cadres mêmes de notre perception du réel, les conditions de notre représentation de l’humain, les frontières idéologiques à l’intérieur desquelles la télé-vision de l’existence se diffuse.

C’est dans ce travail de mise à jour de ce qui détermine nos représentations de l’humain, qu’elle parvient à questionner une soi-disant vérité du genre : il y a une différence des sexes fondée sur la nature biologique qui prédéfinit ce que l’homme et la femme seront l’un avec et pour l’autre.

Certes, avant elle, des féministes avaient déjà œuvré dans le sens d’une mise en question profonde de la loi du genre5, mais jamais personne n’avait secoué à ce point le soubassement ontologique de l’existence humaine que l’ontologie elle-même en vacillerait pour ne pouvoir tendre désormais que vers une ontologie sociale du corps.

S. de Beauvoir avait très bien saisi par exemple que le corps est une construction, et qu’on ne peut que devenir femme. Cependant, il y a dans sa pensée inspirée de l’existentialisme, un cogito, un sujet autonome qui est en mesure de s’approprier ce genre ou d’en choisir un autre.

Ce ne sera pas le cas chez Butler, qui d’ailleurs interroge ce sujet soi-disant libre de choisir son genre à partir de l’assimilation des analyses de Foucault sur le pouvoir et l’assujettissement.

Si le genre est construit, pense-t-elle, cela implique-t-il une forme de déterminisme social qui exclut la possibilité de toute transformation ? Autrement dit, la culture peut-elle devenir un destin qui verrouille le genre mieux que la biologie n’a su le faire ?

La recherche entreprise est donc à la fois une œuvre de reconceptualisation du corps, et du genre, et de mise en exergue du travail des normes qui délimitent ce qu’est une vie humaine vivable. Pour ce faire, elle propose de commencer par jeter le trouble sur la surface claire de l’identité sexuelle, et même d’aller jusqu’à saisir que l’expression « identité sexuelle » n’a pas de sens ! Le trouble dans le genre, c’est donc le brouillage introduit par la critique philosophique de l’identité sexuelle.

D’un côté, Judith Butler met en lumière la pluralité des identités, ce qui montre l’impossible coïncidence du sujet de genre et du sujet de sexe. De l’autre, elle précise que la possibilité d’échapper à cet ordre traditionnel et essentialiste n’intervient que si on rompt avec l’hétérosexualité normative.Mais rompre ne signifie pas prendre la décision arbitraire de rompre avec une tradition ; c’est effectuer un authentique travail critique d’interrogation de la notion de personne :

« Dans la tradition philosophique elle-même, la notion de “personne” a été élaborée en travaillant analytiquement avec le présupposé que la personne restait, quel que soit le contexte social dans lequel elle se trouvait, dans un rapport en quelque sorte d’extériorité vis-à-vis des structures qui définissent la personne, qu’il s’agisse de la conscience, de l’aptitude au langage ou de la délibération morale. […] À l’inverse, on se posera ici le genre de questions suivantes : dans quelle mesure les pratiques régulatrices de formation et de division du genre constituent-elles l’identité, la cohérence interne du sujet et, même, l’identité de la personne ? »6

La philosophie incarne bien ici une critique d’une ontologie traditionnelle, qui aboutit naturellement au sexisme et au phallogocentrisme. Elle vise ainsi à mettre au jour la structure fantasmatique de toute identification et la construction culturelle de toute sexualité dans les rapports de pouvoirs existants.

Or, nous l’avons vu plus haut, si la culture devient un destin bien plus ferme que la nature biologique, existe-t-il alors un moyen de sortir de la dyade imposée par les normes hétérosexuelles ? Question d’autant plus épineuse que même la philosophie semble avoir contribué à entériner l’essentialité de la dyade homme/femme :

« En tant que concept ontologique qui touche à la nature de l’être tout comme un ensemble de concepts primitifs qu’on a reçus de la philosophie grecque, le genre semble relever en premier lieu de la philosophie. »7

Judith Butler

J. Butler reprend à son compte le sens de l’analyse de Wittig, comme pour mieux éclairer l’idée de la cécité philosophique à l’égard de la question du genre et, indissociablement, même si c’est problématiquement, à l’égard de la question des femmes.

Peut-on sortir de l’impasse dans laquelle la binarité du genre semble avoir laissé l’humaine condition ? Et si oui, par quels moyens qui ne soient pas à court ou long terme une reconduction du même ? C’est là le point culminant de Trouble dans le genre, ce qui a parfois été retenu en omettant l’importance de toute l’analyse philosophique qui précède dans l’ouvrage – le recours à la parodie du drag :

« Si le drag produit une image unifiée de la “femme” (ce qu’on critique souvent) il révèle aussi tous les différents aspects de l’expérience genrée qui sont artificiellement naturalisés en une unité à travers la fiction régulatrice de la cohérence hétérosexuelle. En imitant le genre, le drag révèle implicitement la structure imitative du genre lui-même – ainsi que sa contingence. »8

Cette analyse assène clairement que le genre n’est pas une identité stable, mais une identité formée avec le temps par une répétition stylisée d’actes. Ce que le drag montre, dans sa parodie, c’est la possibilité de faire échec au caractère définitif de ces identités et de le subvertir politiquement. Ce qu’il nous aide à comprendre, c’est qu’il se livre à une imitation pour laquelle aucun original n’existe ! La parodie des identités est le signe même de l’absence d’identité autre qu’idéale, ou, faudrait-il dire, idéelle.

Par l’originalité de cette pensée et le caractère subversif de ses propos, J. Butler est devenue l’égérie du féminisme intellectuel et sa pensée la référence obligée de toute revendication portant sur les discriminations de sexe et de genre. Mais une chose est d’avoir semé le trouble dans le genre et proposé l’idée d’une prolifération des genres comme d’une dissémination des identités, une autre consiste à élaborer le concept de reconnaissance de telle sorte qu’il ne soit pas une simple demande d’acceptation de soi (quelle identité ? quel sujet ?) au sein d’une société hétérosexuelle, mais une exigence d’ouverture à l’être en devenir.

De la nécessité de ne pas forclore le concept d’humain à la reconnaissance de l’être en devenir

Trouble dans le genre constitue un appel à un féminisme de la subversion qui s’enracine dans une étude généalogique des techniques d’assujettissement et des savoirs assujettis. La philosophie y joue ici un rôle spécifique : celui d’apprendre à résister, mais pas au sens où la personne, du fond de sa subjectivité, conçue comme une tour d’ivoire, pourrait apprendre quelles sont les structures qui influent sur sa vie. Non, cette représentation-là a été dénoncée comme erronée ; il s’agit donc de chercher à savoir par quels moyens l’exercice d’une liberté demeure possible, qui ne soit ni la simple reconnaissance de l’efficience de la loi comme zone de constitution du sujet, ni la création d’une utopie où le genre hétérosexuel ne serait plus qu’un genre parmi d’autres. Le chemin est étroit et il s’élabore au fur et à mesure de la prise de conscience de la nécessité d’une analyse critique du langage lui-même comme matrice du sens et guide des représentations.

Rejoignez-nous sur le site officiel Nous pouvons donc à ce stade de notre réflexion mettre l’une en face de l’autre (ce qu’elles ont fait d’ailleurs !) J. Butler et C. Malabou pour réinterroger la philosophie et la question du genre : n’est-on pas systématiquement conduit à une impasse, lorsque, voulant défendre l’idée de multitudes queer, on se retrouve, à l’instar de B. Preciado, acculé à reconnaitre que la violence touche le plus souvent les femmes ou les corps féminisés ?

« Défendre la spécificité de cette violence, précise C. Malabou, n’est-ce pas retomber dans une forme d’essentialisme qui confère à la “femme” une identité déterminée ? »9

Bref comment mener de front une lutte pour la reconnaissance de l’humain non entièrement gouverné par les normes de l’hétérosexualité et une défense des femmes objets de violence ? Tels semblent être les termes d’une nouvelle quadrature du cercle ou d’un féminisme queer s’opposant à un féminisme essentialiste.

Nous sommes là aux limites d’une nouvelle aporie puisque soit le genre peut s’inventer et faire acte de liberté dans son autocréation, soit on retombe sur une position essentialiste et nous ne faisons que développer ce qui est toujours déjà là !

Encore une fois, J. Butler va essayer de trouver une voie entre ces deux balises déterminées de la vie possible – liberté ou déterminisme naturel. Elle va recourir au concept de performativité, c’est-à-dire la production d’un genre, pour critiquer l’illusion d’une psyché intérieure préexistante. Mais rappelons ici que le genre ne se fait pas tout seul, et qu’il est toujours « une pratique d’improvisation qui se déploie à l’intérieur d’une scène de contraintes »10. C’est la réitération des normes, leur répétition qui fait apparaitre un bougé dans la restitution du normatif et produit un style ou une allure de vie genrée.

Pour tenter d’y voir plus clair, il s’agit de comprendre le travail de Butler comme un effort pour refuser aux normes le soin de définir ce qu’est une vie vivable. Ce qui ne veut pas dire qu’en rayant les normes sexuelles de la carte de l’identité humaine on puisse s’en sortir, il y aurait là une méprise profonde de ce qui est visé et une grave erreur sur ce qui est viable, ainsi qu’un oubli de l’attachement du sujet aux normes. La norme n’est en effet pas seulement ce qui autorise ou interdit, mais bien ce qui rend possible l’avènement du sujet. Elle n’est pas une structure qui prédétermine de façon absolue. C’est pourquoi l’essentiel sera de se demander ce que je peux faire de ce qui est fait de moi :

« Si mon faire dépend de ce que l’on me fait, ou plutôt des manières dont je suis faite par les normes, alors la possibilité de ma persistance en tant que “je” dépend de ma capacité à faire quelque chose avec ce que l’on fait de moi. […] En conséquence, le “je” que je suis se trouve à la fois constitué par des normes et dépendant d’elles, et doit de plus s’efforcer de vivre de façon à maintenir une relation critique et transformatrice avec celles-ci. »11

Le geste théorique de Butler est un geste critique au sens où Foucault revendique la critique comme travail philosophique : il s’agit de mettre à jour le caractère contingent des normes et en particulier des normes de genre. C’est la synthèse que propose M. Foessel en ces termes : « Butler propose une généalogie des identités qui rend à la fois compte de leur contingence objective et de leur nécessité subjective. »12

Son objectif plus largement sera, depuis Défaire le genre jusqu’à Ce qui fait une vie, de repenser les rapports de genre afin de permettre de cerner ce que peut être une vie humaine vivable, dans les normes qui assujettissent (c’est-à-dire déterminent le sujet en l’individu à partir de représentations du licite et de l’illicite), et aux frontières des normes qui ne sont pas des monolithes inamovibles. Ce faisant, elle rend visibles des vies aux limites du vivable, des vies spectrales vécues par des êtres relégués dans l’abject13.

Peu à peu, Butler passera effectivement de la question de l’identité sexuelle à celle de la reconnaissance de l’humain. Mais qu’est-ce donc qu’exiger la reconnaissance de l’humain ? N’est-on pas une fois de plus reconduit à une impasse théorique ? En effet, s’il s’agit de demander la reconnaissance pour tous les humains, quelles sont les déterminations sur lesquelles on s’accorde ? Faut-il définir l’humain avant que de le reconnaitre ? Et si oui, ne court-on pas le risque d’exclure a priori des hommes de l’humanité au prétexte qu’ils ne s’identifieraient pas à la définition posée ?

C’est dans Défaire le genre que Butler rend le mieux compte de ce dilemme éthique :

« Lorsqu’on a recours aux normes, la sphère de l’humainement intelligible est circonscrite et cette circonscription a des conséquences pour toute éthique et toute conception de la transformation sociale. Nous pourrions dire qu’il nous faut d’abord connaître les fondamentaux de l’humain afin de pouvoir préserver et promouvoir la vie humaine telle que nous la connaissons. Mais si les catégories même de l’humain avaient exclu ceux qu’elles auraient dû décrire et abriter dans leurs termes ? […] Savons-nous vraiment ce qu’est l’humain ? […] Si nous prenons le champ de l’humain pour acquis, nous échouons alors à penser de manière critique – et éthique – les conséquences de la production, reproduction et déproduction de l’humain. » (p. 252)

Nous voici fixés sur les dangers de la forclusion du concept d’humain. Cette idée était d’ailleurs déjà présente dans Ces corps qui comptent, au moment où J. Butler analyse le rapport entre le féminin et la « chôra »14. (…)

Il nous reste à faire le lien avec la demande de reconnaissance de l’être en devenir. Mais ce point ne saurait faire difficulté puisqu’il ne peut s’agir de considérer comme acquis le champ de l’humain, alors la seule solution éthiquement acceptable consiste à retravailler le concept de reconnaissance afin de le comprendre comme demande d’ouverture au devenir des possibles humains. Autrement dit, la demande de reconnaissance ne peut jamais être synonyme d’une attente de reconnaissance de ce que je suis, ici et maintenant, puisqu’en m’adressant à autrui des changements se sont opérés en moi qui rendent impossible tout retour en arrière ! Laissons à J. Butler le soin de nous le faire entendre :

« La reconnaissance est un acte qui empêche également le “retour à soi” pour une autre raison. Une rencontre avec Autrui entraîne une modification du soi qui ne peut connaître de retour en arrière. Ce que l’on reconnaît d’un soi au cours de cet échange, c’est que le soi est le type d’être qui ne peut rester en lui-même. On se trouve exhorté et conduit hors de soi ; je découvre que la seule façon de me connaître passe par une médiation qui a lieu en dehors de moi, qui m’est extérieure en vertu d’une convention ou d’une norme dont je ne suis pas l’auteur, dans laquelle je ne peux me découvrir comme l’auteur ou l’agent de ma propre institution. »15

En élargissant un peu la focale, il est assez aisé d’affirmer que le désir de reconnaissance ne peut qu’être ambivalent pour l’humain, mais impossible à contourner : il oscille entre vulnérabilité (fragilité aux normes, précarité politiquement induite et blessabilité d’un sujet en attente d’une vie vivable) et performativité, émergence d’une capacité d’agir pour les sujets du genre humain, laquelle découle le plus souvent des groupes humains eux-mêmes tels qu’ils se structurent pour ex-sister aux frontières des normes mais pas nécessairement hors d’elles.16

Butler ou le malentendu théorique ?

Cette ambivalence de la reconnaissance a été indirectement l’objet du colloque qui s’est tenu à Bordeaux les 4 et 5 octobre 2011, en présence et en l’honneur de Judith Butler.

La philosophe venait en effet à l’université Bordeaux III pour recevoir les insignes de « docteur honoris causa ».

En présence de M. le recteur, des professeurs de philosophie de Bordeaux III qui l’avaient invitée (Fabienne Brugère et Guillaume Le Blanc) et d’un public très diversifié, cette femme-philosophe, estampillée « reine du queer » il y a quelques années, a été reconnue par ses pairs comme membre éminent de leur communauté, digne de figurer parmi les élus !

Une telle reconnaissance pour quelqu’un comme Judith Butler ne peut passer comme un simple honneur ou encore un hommage rendu à son œuvre. C’est nécessairement beaucoup plus et c’est aussi une situation qui ne peut qu’être ambivalente. Beaucoup plus, car le concept de reconnaissance a fait l’objet dans son œuvre d’un travail important, à commencer par sa thèse récemment traduite en français, et qui présente les analyses de l’œuvre de Hegel en France au XXe siècle, en particulier celles de Kojève, Hyppolite et Sartre17. Et plus récemment, mais avec un autre sens18, dans Ce qui fait une vie, où elle met à jour les cadres mêmes qui structurent notre vision du réel humain.

Et c’est aussi une situation ambivalente, car la reconnaissance, comme nous l’avons vu, n’est pas seulement l’admission de l’être-là perceptible ou jugé à partir de ce qu’il a donné à lire ou à voir, mais une demande d’ouverture à l’être en devenir. On peut donc se demander ce qu’est cette reconnaissance pour une philosophe, qui, par ailleurs, a subi maintes critiques dans son pays, mais aussi en France, quant à ses positions féministes, politiques et philosophiques.(…)

La vie philosophique réserve parfois de belles surprises, (même si tout ne s’était pas déroulé au mieux pour satisfaire un désir de reconnaissance, au sens commun de l’expression) et c’est ce qui advint malgré tout dans la suite de ce colloque. Un autre incident au cours de la cérémonie est venu écailler le vernis lisse de la mise en scène de la reconnaissance pour la faire triompher de façon performative… Un groupe de croyants hostiles à la théorie dite du genre, dont Butler représente pour eux l’égérie, a fait irruption dans l’amphithéâtre, scandant des slogans très hostiles à la philosophe. Les larmes de Judith furent surmontées grâce à toute une salle se levant pour l’applaudir, lui rendre hommage et manifestant par là même qu’il est possible de renvoyer l’insulte, sans violence en retour. Belle reconnaissance s’il en est, de tout ce qu’elle tente de défendre à propos de l’usage de la performativité pour réfléchir à l’appel à la non-violence20.

Nous nous étions proposé, à partir du thème général de la rencontre entre la philosophie et les femmes, d’aider le lecteur à cheminer dans les œuvres de Judith Butler à partir du déplacement d’un curseur conceptuel : de la méconnaissance de la contingence du genre à la reconnaissance de l’humain comme être en devenir.

Qu’il nous soit permis pour terminer, d’essayer de lever une confusion. Butler ne choisit pas de vanter abstraitement la confusion des genres. Une telle incitation n’aurait pas grand sens pour une philosophie qui accorde autant à l’attachement affectif du sujet à l’égard des normes sociales. Éthiquement, il s’agit plutôt de ne pas refermer la sphère définitionnelle de l’humain sur l’a priori de la binarité du genre, afin d’accepter que d’autres vies deviennent vivables.

Le terrain est finalement posé : il s’agit bien de lutter, grâce à une pratique de libération par la pensée et les discours, contre une violence normative. Et puisque le regard symbolise l’intervention d’autrui sur moi, c’est à travailler à modifier ce regard qu’il faut se livrer.

Avec les concepts, « avant qu’ils ne se figent en noèmes »21, le travail philosophique auquel nous sommes conviés par une femme-philosophe consiste à élaborer un espace de créations de problèmes, au sein duquel il soit possible de transformer les impasses en pouvoir d’agir. C’est dans cette perspective que Butler, consciente de l’enthousiasme suscité par les avancées féministes, calme pourtant les esprits en dénonçant comme suspecte l’affirmation selon laquelle « le féminin appartient aux femmes » : sans même s’en apercevoir, des féministes se livrent à la répétition du même (reproduction de la différence des sexes !).

L’espace politico-herméneutique ouvert par Trouble dans le genre a ceci de bien spécifique qu’il nous met en demeure de nous rappeler que si les mots ne sont pas les choses, ils font les choses, et qu’il n’est donc pas possible de disjoindre les répétitions de rôle auxquels tout un chacun se livre (masculin, féminin) et les représentations de genre véhiculées par le langage.

C’est pourquoi la désignation, la nomination et la reconnaissance sont des termes et des actes auxquels il convient d’accorder une importance cruciale si l’on veut œuvrer dans le sillage de Butler à un rapprochement entre performativité et non-violence.

sur le même thème : – SOCIÉTÉ : La théorie du genre doit-elle inspirer les livres scolaires ?

Publicités

Discussion

3 réflexions sur “SOCIÉTÉ : La théorie du genre ou la destruction de « l’hétérosexualité normative »

  1. Personne a lu ton pavé indigeste 😀
    Tu te sens pas un peu seul là ?

    Publié par Hello | 16/06/2013, 00:36
  2. En fait, ça reprend directement le postulat de Sartre, qui consiste à dire que l’être précède l’essence. En plus de ça, l’article se conclut sur une vision purement nominaliste : les mots font les choses.

    Publié par Alain Ternaute | 08/08/2013, 21:36

Laissez vos commentaires

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Nous sommes..

Entrez votre adresse mail pour suivre ce blog et être notifié par email des nouvelles publications.

Rejoignez 202 autres abonnés

Articles a ne pas manquer

SOCIÉTÉ ► Nietzsche, le Zoroastrisme et les anarchistes, des influences paradoxales ?

SOCIÉTÉ ► Nietzsche, le Zoroastrisme et les anarchistes, des influences paradoxales ?

société

SOCIÉTÉ ► " à moins que l’on ne veuille que l’atrocité de Ferguson soit également engloutie et ne devienne pas plus qu’un irritant intestinal pour l’histoire, nous devons aborder la situation non comme un énième acte de racisme systémique, mais pour ce qu’elle est : une lutte des classes." Kareem Abdul-Jabbar

SOCIÉTÉ ► " à moins que l’on ne veuille que l’atrocité de Ferguson soit également engloutie et ne devienne pas plus qu’un irritant intestinal pour l’histoire, nous devons aborder la situation non comme un énième acte de racisme systémique, mais pour ce qu’elle est : une lutte des classes." Kareem Abdul-Jabbar

Les « maîtres » du monde ?!

INTERNATIONALE ► La Banque des Règlements Internationaux le véritable "maitre" du monde

INTERNATIONALE ► La Banque des Règlements Internationaux le véritable "maitre" du monde

INTERNATIONALE :

DETTE PUBLIQUE ► Le FMI vient de donner son ‘feu vert’ pour une taxation de 10% de votre épargne

DETTE PUBLIQUE ► Le FMI vient de donner son ‘feu vert’ pour une taxation de 10% de votre épargne

EUROPE :

ECONOMIE ► Le contrôle allemand des enjeux gaziers est la véritable cause du conflit avec la Russie ?

ECONOMIE ► Le contrôle allemand des enjeux gaziers est la véritable cause du conflit avec la Russie ?

FRANCE :

FRANCE ► « En réalité, aujourd’hui, ceux qui commandent sont les États-Unis et Israël.. » Roland Dumas

FRANCE ► « En réalité, aujourd’hui, ceux qui commandent sont les États-Unis et Israël.. » Roland Dumas

Théorie du genre :

 SOCIÉTÉ ►La théorie du genre ou la destruction de « l’hétérosexualité normative »

SOCIÉTÉ ►La théorie du genre ou la destruction de « l’hétérosexualité normative »

santé publique :

VIDEO ► La nourriture comme arme de stérilisation massive par Alex Jones

VIDEO ► La nourriture comme arme de stérilisation massive par Alex Jones

Religion

ISLAM ► Le bon comportement expliqué par ‘Ami Hassan imam à la mosquée de Aubervilliers (VIDÉO)

ISLAM ► Le bon comportement expliqué par ‘Ami Hassan imam à la mosquée de Aubervilliers (VIDÉO)

Satanisme :

MEDIAS ► Propagande satanique intentionnelle dans les médias par Anton Lavey (vidéo)

MEDIAS ► Propagande satanique intentionnelle dans les médias par Anton Lavey (vidéo)

Nouvelle Technologie

BIG BROTHER ► La "Puce R.F.Id en poudre" un cauchemar devenu une réalité

BIG BROTHER ► La "Puce R.F.Id en poudre" un cauchemar devenu une réalité

MUSIQUE :

PEOPLE ► Messages subliminaux dans les clips de rap, Maitre Gims "crache le morceau" (vidéos)

Le combat d’un homme :

► Bruno Boulefkhad, un homme qui se bat seul contre la Société Générale, jusqu’à la mort ?

Note a nos lecteurs :

Depuis le 15 avril toutes les publicités sur le blog sont indépendantes de notre volonté a l'exception du site technikpiecesautos.com partenaire direct de la #Stvirtuelle.
La rédaction de la #StreetTeleVirtuelle.

%d blogueurs aiment cette page :