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Banlieues, Bnalieues, France, People, Rap français

PEOPLE : « Skyrock et les majors ont apolitisé le rap » Hamé (La Rumeur)

Alors que la crise fait rage, qu’est devenue la musique contestataire qui, il y a vingt ans, remuait les consciences, remplissait les salles et enrichissait, par la même occasion, les majors ? « Marianne », dans son numéro en kiosques cette semaine, tache de répondre à cette question. Marianne.net vous livre un début de réponse avec un entretien avec Hamé, un des chanteurs du groupe de rap La Rumeur.

Mohamed Bourokba – dit Hamé – est l’un des chanteurs du groupe La Rumeur qui symbolise, presque à lui tout seul, le rap engagé français. Il a gagné un procès contre Sarkozy et monté son propre label. Alors, avec un faux air de s’en foutre, il nous parle de révolte, d’indépendance et d’engagement. Dans la musique mais pas seulement…
 
 
Marianne : Le score du FN aux européennes, ça vous fait quoi ?
Hamé : Rien. Moi, j’ai pas voté aux européennes. Depuis que je suis tout jeune j’entends parler de ce grand méchant parti xénophobe raciste, on nous fait le coup à chaque fois. Mais ils le veulent ce score. On ne se rend pas compte de la prégnance de ses idées dans plein de champs de la pensée, de la politique du pays. Je vois le FN comme un sas de décompression d’idées réactionnaires, comme un espèce de laboratoire, un « acclimatiseur ». On va acclimater, par le biais du FN, faire entrer un poison, une musique lancinante sur la question des quartiers, de l’insécurité. Elle vient notamment des médias et du système politique français… C’est quand même Mitterrand qui dope le FN au départ, qui le lance dans le jeu de quille de la droite. J’ai toujours vu le FN comme l’instrument de la revanche de la bourgeoisie sur ce qu’elle a du concéder au cours du XXe siècle. Je pense pas que le FN ait vocation à prendre le pouvoir en l’état des choses. Je pense que c’est une variable d’ajustement qui sert ceux qui se succèdent au pouvoir depuis quarante ans. C’est un peu un idiot utile. Je ne crois pas qu’on court à la catastrophe, la catastrophe on y est depuis très longtemps.
C’est le titre de votre dernier album : « Tout brûle déjà »…
Oui bien sûr, et les pyromanes sont ceux qui appellent à éteindre le feu. Paradoxalement, ce sont ceux qui prétendent combattre le FN qui sont les premiers pyromanes.
Mais qu’est ce qui a changé entre avril 2002 et aujourd’hui ? A l’époque, plus d’un million de personnes sont immédiatement et presque spontanément descendues dans la rue à travers la France, après l’accession au second tour de la présidentielle de Jean-Marie Le Pen. A l’issue des européennes, ils étaient à peine 10 000…
Il faut voir qui essaye de mobiliser. C’est à l’appel de qui ? Des jeunes socialistes ? Entre temps, il y a eu dix ans de sarkozysme et deux ans de socialisme qui n’a consisté qu’à faire de la gestion de crise… Et puis il y a eu la crise économique. Le discours pro-européen, les promesses maintes fois ajournées… Les promesses d’améliorer la vie des gens, c’est du flan. De plus en plus de gens ont envie de voir le FN au pouvoir. Les partis traditionnels n’ont jamais été aussi peu crédibles et la gauche radicale n’est que l’ombre d’elle-même. Le FN, c’est peut être la dernière cartouche, le dernier truc qu’on n’a pas essayé aussi.
Pareil dans les « quartiers sensibles ». Depuis l’embrasement de 2005, plus rien. Pourtant, rien n’a changé…
En 2005, ça a été apolitisé par la couverture médiatique qui en a été faite. Tout a été fait pour isoler ces révoltes du reste de la société. C’est une période où les seules franges en France qui se révoltaient encore appartenaient à cette jeunesse là. On a racheté la paix sociale derrière : avec des subventions, on a fait monter quelques personnalités, deux-trois têtes pour mieux verrouiller et fermer les portes sur la grande majorité. Alors, dans les quartier, les gens s’en tapent du FN et de ses scores, il y a peut-être même des gens qui s’en félicitent.
Mais le chômage, les conditions de vie…
Le chômage dans les quartiers, c’est depuis les années 1980. Les grands frères ont manifesté jusque dans les années 1990 mais rien n’a changé. Ils ont étouffé, récupéré, acheté des cadres, créé SOS Racisme… Il y a longtemps que les gens ont pris acte. Ils vont pas faire des pétitions aujourd’hui en 2014 parce que le FN a fait 25%. Les mecs sont loin de tout ça, on n’en est plus là quoi, ce sont vraiment des préoccupations de gens qui croient encore en la politique institutionnelle et qui pensent encore qu’ils ont des choses à perdre si le FN arrive au pouvoir. Dans les quartiers, les gens prennent le cynisme de la société dominante au mot : on fait de l’oseille dans les quartiers, c’est tout, on ne va plus s’occuper de l’intégration, de l’insertion ou de tous ces trucs là. Il faut faire de l’oseille, conquérir du pouvoir économique et le pouvoir politique suivra. Oseille, oseille, oseille. Et puis se mobiliser avec qui ? S’indigner de la montée du FN auprès de qui ? Pour faire quoi ? Déjà, manifester, c’est un moyen de lutte traditionnel qui n’est plus opérant dans les quartiers.
Vous semblez un peu résigné…
Mais il faut voir ce que les quartiers se prennent dans la gueule quand ils osent se mettre debout ! On le paye à chaque fois pour des années et des années en dispositifs policiers…
Les paroles de vos chansons sont éminemment politiques : vous n’avez pas envie de les voir s’engager eux aussi ?
Ouais, se prendre en charge, politiquement, économiquement, devenir une force et qu’on ne puisse plus se permettre avec eux, ce qu’on a pu se permettre impunément, dans les discours et les pratiques, par le passé. Il manque un grand parti politique des quartiers populaires, un parti qui soit indépendant et qui s’autofinance, il manque des cadres politiques des quartiers et qui représentent le peuple des quartiers. Ça, ça manque. Il faut le créer. Je pense que ça va arriver dans les cinq à dix ans. On ne peut plus laisser à l’extrême gauche le soin de représenter nos quartiers.
Ce n’est plus possible dans la musique ? Quand vous avez commencé, au milieu des années 1990, il y avait beaucoup plus de chanteurs, et notamment de rappeurs, qui s’engageaient explicitement dans leurs textes…
Oui, le rap était encore un truc d’initié, un club fermé. Tu étais là par passion, tu n’avais pas intérêt à te travestir, c’était plus direct, il n’y avait pas de filtres. Ça partait du cœur, des tripes, les mecs écrivaient ce qu’ils avaient envie d’écrire. Quand j’avais 13-14 ans, c’était dans le rap que ça se passait, que les nouvelles frontières de la France contemporaine s’interrogeaient, se questionnaient. Et ça, ça a été tué, corrompu par le star-système, par l’argent, l’industrie du rap… A l’époque, il n’y avait pas de multimillionnaires du rap, il n’y avait pas Skyrock et les OPA de cette grosse radio sur les artistes.
Skyrock, les majors… les rappeurs sont bridés par qui ?
Ça n’est pas qu’ils sont bridés mais ils sont tenus à un profit maximum sur des produits rap qu’ils formatent pour ça. Et ils considèrent que ce profit maximum se réalisera en restant niais ou à la surface des choses. Et puis bon, il y a aussi l’idée qu’il ne faut pas mettre le feu aux banlieues…
Ils jouent un rôle de pare-feu ?
Il faut apolitiser le contenu du rap, clairement. Skyrock sert aussi à ça. Ils sont conscients qu’il y avait un processus de politisation des quartiers dans le rap jusqu’à une certaine époque. Ils estiment qu’il y a des choses qui doivent être entendues et d’autres pas, quoi. C’est eux qui décident qui a du « talent » ou pas. Faut que ce soit fun tu vois, faut pas que ce soit politique, faut que ce soit du pur divertissement. Un succès, ça se fabrique, c’est facile : tu bastonnes dix fois la même chanson, au bout d’un moment les gens vont l’aimer, ça va rentrer dans les têtes et les gens vont acheter huit fois sur dix. Avec de l’argent, tu donnes du succès ou du talent à qui tu veux : c’est facile d’imposer un format et d’en ringardiser un autre.
Pour eux, La Rumeur et le rap engagé n’ont pas le droit d’exister ?
La Rumeur, ça a le droit d’exister à la marge. On a été censuré : j’ai eu un procès de huit ans contre Sarkozy et, partout où on passait, on essuyait les plâtres de nos conflits avec Skyrock. C’est pour ça qu’on a dû créer une alternative au système en créant notre propre label. On produit nos disques, nos tournées, on va éditer nos livres, on coproduit nos films… Pendant quatre ans, on a travaillé en major, chez EMI. On nous demandait d’aller faire les putes chez Skyrock, de faire des tournées avec des annonceurs, des tournées industrielles… On était trop à l’étroit, c’était trop conflictuel, le formatage avec nous ça marchait pas. Nous, il faut pas nous faire chier. Et contractuellement, on ne s’y retrouvait pas. Vouloir signer un contrat d’artiste dans une major aujourd’hui, c’est vouloir être esclave, on te met une laisse. Les contrats qu’on fait signer aux rappeurs dans les majors actuellement, ça s’appelle des « contrats à 360 » : tout ce que tu vas générer en terme d’image, même ton merchandising, tes tournées, tout ce qui est autour de toi, la major prend et récupère. Il faut bien compenser la baisse des ventes à cause des téléchargements et d’Internet, tu vois… Ce sont les pires contrats jamais proposés à des artistes. Et on les fait signer aux rappeurs. Alors que là, on est souverain, on a notre laboratoire, on n’a pas un connard pour nous dire : « Non là, je mets pas le budget parce que Skyrock ou M6 ne va pas jouer le jeu sur le marketing ».
Et vous arrivez à vous en sortir seuls ?
Très bien ! On a fidélisé un public. Aujourd’hui, on a 30 000 ou 40 000 personnes qui viennent à nos concerts, achètent nos disques et ça nous suffit amplement pour vivre. Tous nos albums font minimum 20 000 ventes, c’est déjà énorme. Et encore, avec le téléchargement on doit toucher entre 200 000 et 500 000 personnes. On emmerde tout le monde, on n’a jamais fait le tapin pour qui que ce soit. On est capable de remplir l’Olympia en indépendant, sans promo, juste avec Facebook. Et quand les gens achètent un disque de La Rumeur, ça n’est pas juste un acte de consommation, c’est aussi un acte un peu militant. C’est presque une cause et ça, on ne l’a pas volé.
source : marianne.net
La vidéo en plus :
http://youtu.be/agZy7ZHohqI
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