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Etats-Unis, Négrophobie, Oligarchie, People, Racisme, Société

SOCIÉTÉ :  » à moins que l’on ne veuille que l’atrocité de Ferguson soit également engloutie et ne devienne pas plus qu’un irritant intestinal pour l’histoire, nous devons aborder la situation non comme un énième acte de racisme systémique, mais pour ce qu’elle est : une lutte des classes. » Kareem Abdul-Jabbar

[…]*1

La prochaine guerre des races ne sera pas une guerre des races

Ferguson n’est pas juste une question de racisme systémique – c’est une question de lutte des classes et de comment l’Amérique pauvre est enchaînée.
Les révoltes de Ferguson dans le Missouri seront-elles un point critique de la lutte contre l’injustice raciale, ou seront-elles une note de bas de page dans la thèse d’un futur doctorant sur les troubles publics du début du XXIème siècle ?

La réponse peut-être trouvé en Mai 1970.

Vous avez probablement entendu parler de la fusillade de Kent State : le 4 mai 1970, la Garde Nationale a ouvert le feu sur les étudiants manifestant à la Kent State University. Durant ces 13 secondes de coups de feu, quatre étudiants furent tués et neuf blessés, dont l’un paralysé à vie.  Le choc et la colère conduisirent  à une grève nationale de 4 millions d’étudiants, fermant plus de 450 campus.  Cinq jours après la fusillade, 100 000 manifestant convergèrent à Washington D.C. Et la jeunesse américaine était fortement mobilisée contre la guerre du Vietnam, le racisme, le sexisme, et contre le soutien inconditionnel à l’establishment politique.

Vous n’avez probablement pas entendu parler de la fusillade de Jackson State.

Le 14 mai, 10 jours après que Kent State embrasa le pays, à la Jackson State University du Mississipi, université majoritairement noire, la police tua deux étudiants noirs ( l’un étudiant de terminale, l’autre père d’un enfant de 18 mois) au fusil, et blessant douze autres étudiants.

Il n’y a eu aucune protestation nationale. Le pays ne s’est pas mobilisé pour faire quoi que ce soit. Ce Léviathan sans cœur que l’on nomme Histoire a avalé entièrement cet événement, l’effaçant de la mémoire nationale.

Et, à moins que l’on ne veuille que l’atrocité de Ferguson soit également engloutie et ne devienne pas plus qu’un irritant intestinal pour l’histoire, nous devons aborder la situation non comme un énième acte de racisme systémique, mais pour ce qu’elle est : une lutte des classes.

En se focalisant sur l’aspect racial, la discussion tourne à savoir si la mort de Michael Brown – et celle des trois autres noirs non-armés tués par la police durant ce mois –  est une question de discrimination ou de légitime défense policière.  Alors on débattra sur le fait qu’il n’y a pas autant de racisme des noirs contre les blancs qu’il n’y a de racisme des blancs contre les noirs.  (Si, il y en a autant. Mais en général le racisme des blancs envers les noirs a un impact économique sur le futur de la communauté noire. Le racisme des noirs contre les blancs n’a quasiment aucun impact mesurable. )

Alors on commencera à débattre si la police elle aussi ne serait pas une minorité en danger, également discriminée sur la base de leur couleur – le bleu.  (Oui, ils le sont. Mais il y a beaucoup de facteurs à prendre en compte avant de condamner la police, notamment les pressions politiques, la formation inadéquate, et les législations obscures).  Ensuite on se demandera si les noirs sont plus souvent victimes de tirs parce qu’ils commettent plus souvent des crimes. ( En fait, des études montrent que les noirs sont visés dans certaines villes, comme New York. Il est difficile d’avoir une vision nationale plus globale car les études sont lamentablement inadéquates. L’étude du Département de Justice montre qu’aux Etats-Unis, entre 2003 et 2009, parmi les morts suite à une arrestation, il y a une très faible différence entre blancs, noirs et latinos. Cependant, l’étude ne nous dit pas combien d’entre eux n’étaient pas armés).

Ces poings brandis pour les revendications de chacun détournent l’attention de l’Amérique du problème plus large qui est le fait que les cibles des excès de la police sont basées moins sur la couleur de peau que sur une affliction bien pire, digne du virus Ebola : être pauvre.  Bien entendu, pour beaucoup aux Etats-Unis, être une personne de couleur est synonyme d’être pauvre, et être pauvre est synonyme d’être criminel. Ironiquement, cette idée reçue est vraie aussi chez les pauvres.

Et c’est ainsi va le statu quo.

Le recensement Américain a montré que 50 millions d’Américains sont pauvres. 50 millions d’électeurs formeraient un bloc puissant s’ils venaient à s’organiser pour défendre leurs intérêts économiques communs. Il est alors crucial, pour les 1% plus riches, de conserver les pauvres divisés en les embrouillant par des questions sensibles comme l’immigration, l’avortement ou le contrôle des armes à feu, pour empêcher qu’ils se demandent pourquoi ils se font baiser depuis si longtemps.

Une manière de conserver ces 50 millions divisés est la désinformation. La dernière évaluation menée par Pundifact[1] sur les médias a conclu que chez Fox et Fox News Channel, 60% des affirmations sont fausses. Chez NBC et MSNBC, 46% des affirmations ont été considérées comme fausses. That’s the news, folks ![2]. Lors des révoltes de Ferguson, Fox News a présenté une photo en noir et blanc de Martin Luther King Jr avec une légende audacieuse : « Oubliant le message de MLK, les manifestants du Missouri recourent à la violence ». Ont-ils utilisé ce genre de légendes lorsque l’un ou l’autre des Présidents Bush a envahi l’Irak : « Oubliant le message de Jésus Christ, les Etats-Unis oublient de tendre la joue et tuent des milliers de gens » ?

Comment des téléspectateurs peuvent-ils faire des choix raisonnables dans une démocratie si leurs sources d’informations sont corrompues ? Ils ne peuvent pas, et c’est exactement de cette manière que les 1% contrôlent le destin des 99%.

Pire, certains politiques et entrepreneurs conspirent pour conserver les pauvres tels qu’ils sont. Dans son show comique sur l’actualité, sur la chaine de TV HBO, John Oliver a présenté le business du prêt sur jour de paye et ceux qui ainsi exploitent si brutalement le désespoir des pauvres. Comment une industrie qui extorque plus de 1900 % d’intérêt sur des prêts peut faire ça sans être inquiétée ? Au Texas, le sénateur Gary Elkins a empêché un décret de régulation, alors que lui-même possède une chaine de magasins qui pratiquent ce genre de prêts. Et le responsable politique qui harcelait Elkins sur son conflit d’intérêt, le sénateur Vicki Truitt, est devenu un lobbyiste pour ACE Cash Express à peine 17 jours après avoir quitté ses fonctions. En substance, Oliver a montré comment les pauvres sont appâtés par de tels prêts, afin qu’ils ne puissent les rembourser et soit obligés de contracter un nouveau prêt. Un cercle vicieux.

Les livres et films dystopiques tels que le Transperce-neige, le Passeur, Divergente, Hunger Games, et Elysium ont fait fureur au cours de ces dernières années. Pas seulement parce qu’ils expriment la frustration adolescente face aux figures incarnant l’autorité. Cela expliquerai leur popularité au sein des jeunes audiences, mais pas au sein de ceux qui ont la vingtaine ou même chez les plus vieux. La véritable raison qui fait qu’on afflue pour voir Donald Sutherland se faire tirer le portrait en président américain impitoyable dédié à préserver les privilèges des riches en broyant de son talon le cou des pauvres, c’est que cela sonne vrai dans une société où les 1% deviennent chaque fois plus riche alors que la classe moyenne s’effondre.

Et ce n’est pas une hyperbole ; les statistiques prouvent que ceci est réel. Selon une enquête du Pew Research Center[3], seulement la moitié des foyers américains ont des revenus moyens, une chute de 11% depuis les années 70 ; le revenu médian de la classe moyenne a baissé de 5% au cours des dix dernières années, et la santé globale a chuté de 28%. Moins de personnes (à peine 23%) estiment qu’ils auront assez d’argent pour prendre la retraite. Le plus accablant de tout : moins d’Américains que jamais auparavant croient dans le mantra du rêve américain, s’en sortir en travaillant dur.

Mais au lieu de s’unir contre le véritable adversaire – les politiques passifs, les législateurs et personnes au pouvoir – nous tombons dans le piège de se retourner les uns contre les autres, dépensant notre énergie à se battre contre nos alliés au lieu de nos ennemis. Et ce n’est pas qu’à propos de race et de partis politiques, c’est aussi une question de genre. Dans son livre Unspeakable Things: Sex, Lies and Revolution[4], Laurie Penny suggère que le déclin des opportunités de carrière pour les jeunes hommes les fait se sentir dévalués aux yeux des femmes ; et la conséquence de cela, c’est qu’ils projettent leur rage non pas sur ceux qui causent le problème mais sur ceux qui en subissent également les conséquences : les femmes.

Oui, je sais que c’est injuste de dépeindre les plus aisés en grossissant ainsi le trait. Il y a de nombreuses personnes ultra-riches qui sont également présentes pour leur communauté. Rendus humbles par leur propre succès, ils cherchent à aider les autres. Mais ce n’est pas le cas de la multitude de millionnaires et de milliardaires qui font pression pour réduire les bons alimentaires, pour ne pas alléger la dette de nos étudiants et pour empêcher toute extension du droit au chômage.

Avec chacune de ces fusillades/morts par asphyxie/légitimes défenses meurtrières, la police et le système judiciaire sont vus comme les exécutants d’un statut quo inique. Notre colère monte et les révoltes demandant justice s’en suivent. Les chaines d’actualité interview tout le monde et les pundits[5] désignent les coupables.

Et ensuite ?

Je ne dis pas que les manifestations de Ferguson ne sont pas justifiées – elles le sont. En réalité, nous avons besoin de plus de manifestations à travers le pays. Où est notre Kent State ? Que faut-il pour mobiliser 4 millions d’étudiants dans une manifestation pacifique ? Parce que c’est ce dont on aura besoin pour évoquer un véritable changement. La classe moyenne doit rejoindre les pauvres, et les blancs doivent rejoindre les Afro-Américains dans de grandes manifestations, pour déboulonner les politiques corrompus, pour boycotter le business de l’exploitation, pour passer des lois qui encourage les opportunités économiques pour tous, et pour punir ceux qui spéculent sur notre avenir financier.

Sinon, tout ce que nous allons avoir, c’est ce que nous avons eu de Ferguson ; une poignée de politiciens et de célébrités qui expriment leur sympathie et leur indignation. Si nous n’avons pas de projet politique précis – une liste de ce que nous voulons changer et comment – nous continuerons à nous rassembler encore et encore auprès des corps assassinés de nos enfants, parents et voisins.

J’espère que l’avenir donnera raison à John Steinbeck quand il écrit dans les Raisins de la colère : « La répression ne sert qu’à renforcer et souder les opprimés ». Mais je suis plus enclin à faire résonner le « Inner City Blues » de Marvin Gaye, écrit l’année après les fusillade de Kent State et Jackson State.

la suite sur larumeurmag.com

*1 : Kareem Abdul-Jabbar, pivot légendaire de la NBA, détenant le record du nombre de points marqués, continue à scorer loin des parquets, en prenant sa plume à propos des révoltes de Ferguson. Sur le papier comme sur le terrain, il bloque l’argumentation adverse, et enroule son bras pour marquer le point.  Le maître incontesté du Sky hook (bras-roulé) reste fidèle à l’esprit qui le lia à Mohamed Ali ou à Bruce Lee, il continue à prôner l’union des marges, ceux que l’on nomme désormais les 99%. Dans cet article écrit pour le journal Time, il évoque en quoi une lecture uniquement raciale des révoltes de Ferguson est un piège que l’élite nous tend, comme ce fut déjà le cas en Mai 1970. (source : larumeurmag.com)

La vidéo en plus :

Marvin Gaye : Inner City Blues (Make me wanna holler)

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