vous lisez...
Big Brother, Désinformation, France, Manipulation, Société

SOCIÉTÉ :  » L’Homo-publicitus » ou une domestication quotidienne par le petit écran

L’histoire de la publicité est relativement récente et découle de l’évolution d’une société industrielle. Les premières agences de publicité apparaissent à la fin du XIXe siècle, lorsque la Révolution industrielle vient modifier en profondeur les rapports sociaux. La production de masse et le développement des grands centres urbains rendent nécessaire la mise au point de nouvelles techniques pour mettre en relation producteurs et consommateurs. En France, Emile de Girardin, le fondateur du quotidien La Presse en 1836, est le premier à vendre des espaces de son journal à des annonceurs. La multiplication des panneaux, affiches et enseignes, injonction permanente à l’acte d’achat individuel, permet d’étendre le contrôle social bien au-delà de l’usine. Jules Arren est le premier Français à écrire un manuel de publicité en 1912. L’Ecole technique de publicité est créée en 1927 sur l’initiative d’annonceurs. Mais le véritable bond en avant de la publicité se fait après la seconde guerre mondiale, avec l’arrivée dans les foyers de la télévision. L’Angleterre, l’Italie et la Suisse autorisent rapidement la diffusion de spots télévisés. En France, il faut attendre 1968 pour que le gouvernement Pompidou, prétendant vouloir adapter l’économie française à ses concurrentes européennes, autorise la diffusion des premiers spots  (limitée initialement à 7 minutes par jour) sur une chaîne nationale. Aujourd’hui, comme l’a rappelé Patrick le Lay, président de TF1, « Nos émissions ont pour vocation de rendre disponible le cerveau du téléspectateur, c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. » (Le Monde du 11-12 juillet 2004)

On n’aliène jamais mieux autrui qu’en lui rappelant sa liberté. Affirmer dans chaque slogan publicitaire la liberté de choix des consommateurs, c’est vouloir faire coïncider une production industrielle décidée à l’avance avec les envies de chacun. Le schéma classique du besoin qui porte vers l’objet s’est renversé, les objets génèrent des désirs qui, à leur tour, créent des besoins. Le désir d’objet a pris le pas sur le désir d’être. La publicité est le fleuron le plus abouti de l’arsenal capitaliste de domestication. Plus question de rêver au « grand soir », car l’important est de vivre cette vie cool et branchée vantée par telle marque de chaussures ou de boissons gazeuses. Le discours publicitaire joue constamment sur l’idée de rupture. Or, il ne s’agit pas ici d’une rupture collective avec l’ordre établi, mais d’une rupture individuelle manipulée au sein d’une société en perpétuel mouvement. Tout acte de contestation est transformé en spectacle par la publicité, et par là même dépolitisé. Les utopies politiques meurent, assassinées et remplacées par l’individualisme grégaire de la consommation publicitaire. Penser la contestation anti-publicitaire, c’est donc penser la lutte anticapitaliste.

L’industrie et la publicité se présupposent réciproquement. Une société qui produit le nécessaire pour vivre n’a bien sûr pas besoin de publicité. La publicité transforme le niveau de vie des gens, elle les persuade par exemple qu’il vaut mieux acheter des soupes en boîte que les faire soi-même, ingurgiter des boissons gazeuses plutôt que boire de l’eau, se déplacer en voiture plutôt qu’en vélo. La publicité, vecteur de toutes les innovations, apparaît dès lors comme une machine de guerre contre les traditions culturelles d’autonomie populaire. Il en résulte une société où les producteurs ne consomment jamais ce qu’ils produisent et où les consommateurs ne produisent jamais ce qu’ils consomment. Il y a une perte totale d’autonomie vis-à-vis du système social. Ce n’est plus le client qui va sur le marché chercher les biens dont il a besoin, auprès de commerçants qu’il a appris à connaître, ce sont des commerciaux invisibles qui traquent les consommateurs jusque chez eux pour leur inoculer les besoins nécessaires à la reproduction du capital. Il faut que le prolétaire achète, non plus pour satisfaire ses besoins primaires, mais pour satisfaire les exigences historiques de la machine capitaliste. Les techniques publicitaires de la grande industrie américaine sont tellement impressionnantes qu’en 1932 Goebbels, le propagandiste d’Adolf Hitler, déclarait vouloir employer « des méthodes américaines à l’échelle américaine » dans sa propagande.

Les gens ne perçoivent que les pubs prises isolément sans voir que l’ensemble forme un discours en réseau qui programme ce qu’on pourrait appeler un mode d’emploi de la vie, ce que François Brune appelle le « bonheur conforme ». Ce bonheur est structuré par l’idéologie de la consommation. La publicité est totalitaire à deux niveaux. D’abord elle coupe tous les espaces et le temps, elle est omniprésente dans la cité. La publicité est aussi totalitaire dans sa conception de l’être humain. Elle prétend répondre à tous les aspects de l’existence : le bonheur relationnel, l’engagement citoyen, la dimension spirituelle. Elle est une main mise sur toutes les valeurs traditionnelles, valeurs pourtant en opposition avec la consommation. Les pubs prônent la révolution tous les matins, elle prétend occuper tout le champ humain. Le discours publicitaire ne connaît pas la négativité, il s’est débarrassé du principe dialectique qui veut qu’au sein de tout discours travaillent des forces antagonistes. En récupérant toutes les autres formes de discours, la publicité se présente comme le régulateur de toute communication qu’elle soit marchande ou non marchande. Le langage publicitaire est donc éminemment politique, il détourne le politique, il finit par le remplacer. Il n’est donc pas surprenant de voir l’imagerie révolutionnaire détournée à des fins mercantiles. L’image de Che Guevara, de Gandhi ou l’iconographie soixante-huitarde sont pillés ou parodiés pour servir les intérêts de la grande distribution. La publicité s’affirme ainsi comme seule projection possible d’un avenir radieux.

Ce qui la différencie des totalitarismes d’antan, c’est qu’il est moins brutal, beaucoup plus insidieux. La publicité cultive ce que René Girard a défini comme « désir mimétique » : je dois désirer ce que l’autre désire. Avec la télévision et les médias de masse contemporains, tout le monde regarde les mêmes choses, et tout le monde apprend à désirer, ou pire encore, percevoir les mêmes facettes du monde moderne. Privés de singularité, les individus cherchent à se singulariser par les artefacts que leur propose le marché. L’individu devenu segment de marché, la conscience transformée en enjeu commercial, les sociétés contemporaines voient s’ouvrir l’horizon d’un monde devenu à la fois rationnellement et pulsionnellement totalitaire. Le système publicitaire divise la société en deux groupes distincts, entre émetteurs actifs dotés des pouvoirs économiques et politiques, et récepteurs passifs chargés de consommer à outrance. Comme le disait Adlous Huxley, le principe de stabilité sociale consiste à faire désirer aux gens ce qu’on a programmé pour eux. C’est exactement ce que fait la publicité, elle nous enferme dans une cage.

Une cage ne se partage pas, elle se saccage. La lutte antipub est bien une lutte à part entière et non une parenthèse entre deux luttes sociales « sérieuses ».

extrait d’un article lue sur r-eveillez-vous.fr

Publicités

Discussion

Pas encore de commentaire.

Laissez vos commentaires

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Nous sommes..

Entrez votre adresse mail pour suivre ce blog et être notifié par email des nouvelles publications.

Rejoignez 203 autres abonnés

Articles a ne pas manquer

SOCIÉTÉ ► Nietzsche, le Zoroastrisme et les anarchistes, des influences paradoxales ?

SOCIÉTÉ ► Nietzsche, le Zoroastrisme et les anarchistes, des influences paradoxales ?

société

SOCIÉTÉ ► " à moins que l’on ne veuille que l’atrocité de Ferguson soit également engloutie et ne devienne pas plus qu’un irritant intestinal pour l’histoire, nous devons aborder la situation non comme un énième acte de racisme systémique, mais pour ce qu’elle est : une lutte des classes." Kareem Abdul-Jabbar

SOCIÉTÉ ► " à moins que l’on ne veuille que l’atrocité de Ferguson soit également engloutie et ne devienne pas plus qu’un irritant intestinal pour l’histoire, nous devons aborder la situation non comme un énième acte de racisme systémique, mais pour ce qu’elle est : une lutte des classes." Kareem Abdul-Jabbar

Les « maîtres » du monde ?!

INTERNATIONALE ► La Banque des Règlements Internationaux le véritable "maitre" du monde

INTERNATIONALE ► La Banque des Règlements Internationaux le véritable "maitre" du monde

INTERNATIONALE :

DETTE PUBLIQUE ► Le FMI vient de donner son ‘feu vert’ pour une taxation de 10% de votre épargne

DETTE PUBLIQUE ► Le FMI vient de donner son ‘feu vert’ pour une taxation de 10% de votre épargne

EUROPE :

ECONOMIE ► Le contrôle allemand des enjeux gaziers est la véritable cause du conflit avec la Russie ?

ECONOMIE ► Le contrôle allemand des enjeux gaziers est la véritable cause du conflit avec la Russie ?

FRANCE :

FRANCE ► « En réalité, aujourd’hui, ceux qui commandent sont les États-Unis et Israël.. » Roland Dumas

FRANCE ► « En réalité, aujourd’hui, ceux qui commandent sont les États-Unis et Israël.. » Roland Dumas

Théorie du genre :

 SOCIÉTÉ ►La théorie du genre ou la destruction de « l’hétérosexualité normative »

SOCIÉTÉ ►La théorie du genre ou la destruction de « l’hétérosexualité normative »

santé publique :

VIDEO ► La nourriture comme arme de stérilisation massive par Alex Jones

VIDEO ► La nourriture comme arme de stérilisation massive par Alex Jones

Religion

ISLAM ► Le bon comportement expliqué par ‘Ami Hassan imam à la mosquée de Aubervilliers (VIDÉO)

ISLAM ► Le bon comportement expliqué par ‘Ami Hassan imam à la mosquée de Aubervilliers (VIDÉO)

Satanisme :

MEDIAS ► Propagande satanique intentionnelle dans les médias par Anton Lavey (vidéo)

MEDIAS ► Propagande satanique intentionnelle dans les médias par Anton Lavey (vidéo)

Nouvelle Technologie

BIG BROTHER ► La "Puce R.F.Id en poudre" un cauchemar devenu une réalité

BIG BROTHER ► La "Puce R.F.Id en poudre" un cauchemar devenu une réalité

MUSIQUE :

PEOPLE ► Messages subliminaux dans les clips de rap, Maitre Gims "crache le morceau" (vidéos)

Le combat d’un homme :

► Bruno Boulefkhad, un homme qui se bat seul contre la Société Générale, jusqu’à la mort ?

Note a nos lecteurs :

Depuis le 15 avril toutes les publicités sur le blog sont indépendantes de notre volonté a l'exception du site technikpiecesautos.com partenaire direct de la #Stvirtuelle.
La rédaction de la #StreetTeleVirtuelle.

%d blogueurs aiment cette page :