On la voyait grande gueule, elle est plutôt discrète, engoncée dans un grand chandail gris. On la pensait tête brûlée, la voilà timide, bafouillante devant les questions des juges. Amina Sboui, 19 ans, n’a pourtant pas hésité à lancer les forces de l’ordre sur la piste d’une agression inventée de toutes pièces.

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Le 5 juillet dernier, elle poste sur son profil Facebook une photo d’elle, cheveux et sourcils rasés. « Agressée par des salafistes » écrit-elle. Le cliché est très vite repris, les médias s’emparent de l’affaire. « Je fais partie de ceux qui ont poussé Amina à aller au commissariat, plaide son avocat, Maitre Pradel. Je ne savais pas combien, à ce moment là, elle était déjà prise dans son mensonge. »

« Je suis désolée »

Car sur les bandes de vidéo surveillance, les policiers ne trouveront rien. « On vous voit sortir à la station Barbès. Seule. Et vous avez toujours vos sourcils », dit la présidente, qui l’interroge : « Pourquoi avoir menti ? » « Je suis désolée », répond Amina. « Dans quel état d’esprit êtes vous quand vous rasez vos sourcils? » « Je suis déprimée. Je me sentais seule, je voulais attirer l’attention. J’ai fait le lien avec les menaces que je reçois régulièrement. Le mensonge n’était pas compliqué ».

Perchée sur ses hauts talons rouges, Amina détaille alors son parcours de jeune militante. Le mot « Femen » taggué sur un muret en plein congrès salafiste, la prison tunisienne, l’arrivée en France l’été dernier. « C’était dur de vivre à Paris. Ce n’était pas familier », explique celle qui a fait son mea culpa deux semaines avant son procès, où elle reconnaît avoir « fait du mal à la cause des femmes ».

« Nous avons tenu compte de votre situation »

Tout au long de l’audience, les magistrats – toutes des femmes – tenteront de mieux cerner le personnage derrière cette jeune femme frêle de 19 ans. « Quelle est votre adresse, demande la présidente, à l’ouverture du procès. Amina murmure : « Je change souvent d’adresse ». « Mais vous sortez après le lycée ? » Interroge la procureure. « Non, pas vraiment ». « Vous avez un petit ami, une relation affective? » « Non. »

« Je la trouve en souffrance. Très jeune », plaide la procureure, qui requiert une peine de prison avec sursis « à l’appréciation des juges » ainsi qu’une obligation de soin et de suivi. « J’ai appris de cette faute. Je suis désolée » reconnaît Amina. Elle sera finalement condamnée à 1500 euros d’amende avec sursis. « Nous avons tenu compte de votre situation », souligne la présidente.

En sortant de l’audience, l’ex-Femen a retrouvé le sourire. « Je suis soulagée. Les juges ont été compréhensives » sourit elle. Mais derrière la lycéenne fragile convoquée à la barre, la militante féministe ne tarde pas à réapparaître. « Si aujourd’hui, la juge et le procureur étaient des femmes, c’est parce qu’avant nous, des femmes ont lutté, souligne-t-elle. Il faut continuer le combat. »

source : metronews.fr