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France, Pédophilie

FRANCE : « Maman, j’ai quelque chose à te dire ». J’ai été violé par mon grand-père à l’âge de 8 ans

Selon un sondage de 2009, pas moins de deux millions de personnes auraient été victimes d’incestes en France, soit 3% des Français. Parmi eux, Johny Kreuz (nom d’emprunt). À 8 ans, son grand-père a abusé de lui sexuellement. Il lui a fallu un an et demi pour comprendre ce qui se passait et oser en parler. Il revient sur son calvaire.

Vacances de Pâques 2000. Comme tous les matins, j’ai ronchonné avant de partir au centre aéré. Comme tous les matins, une fois là-bas, j’ai oublié mes réticences une fois un ballon de foot entre les pieds ou lors d’un Puissance 4 avec Stéphane. Je l’apprécie énormément, même s’il fait partie des « grands » qui ont trois ans de plus que moi, ça ne nous empêche pas de passer pas mal de temps à rigoler ensemble.

Arrive la pause déjeuner. Nous regardons tous au fond de nos verres. Je suis le « plus âgé ». C’est à moi d’aller chercher de l’eau. En revenant, j’entends Stéphane parler d’une affaire de pédophilie.

N’ayant que neuf ans, je n’ai jamais entendu parler de « ça ». Je demande donc de quoi il s’agit. Et là il m’explique.

Merde.

Je me souviens de tout

Ce jour-là, je comprends. Et je revois tout.

Les siestes chez mes grands-parents depuis un an et demi. Mon grand-père qui vient dans ma chambre et tout ce qui s’ensuit. À chaque fois. Ce 21 avril 2000, je réalise que non seulement c’est mal, mais qu’en plus toutes ces choses méritent la prison. Tout se bouscule dans ma tête, je commence à me sentir mal.

Je reprends mes esprits et réalise qu’en fait il ne s’est passé que quelques secondes dans le monde réel. Je laisse passer le repas et entraîne Stéphane à part pour lui faire part de mon malaise. Il n’hésite pas une seconde :

« C’est gravissime ! Il faut que tu en parles et que tu ailles voir la police ! »

Je me souviens de chaque minute de cette journée. Quand plus tard, les policiers l’interrogeront, il niera en avoir entendu parler et ne m’adressera plus la parole. (Stéphane, si tu me lis, sache que je ne t’en veux pas. Je comprends que tu aies été dépassé par les événements).

« Maman, j’ai quelque chose à te dire »

17h, ma mère vient me chercher. Je n’ose rien dire. La radio reparle de l’affaire évoquée le midi, j’en profite pour lui poser des questions, sans toutefois franchir le pas. Mais elle me confirme que c’est quelque chose d’abominable.

Le soir, nous dînons au restaurant. Après tout, c’est l’anniversaire de ma mère (oui, je sais…). Entre-temps, les images ont eu le temps de beaucoup tourner dans ma tête. Est-ce que c’est un viol ? Ou est-ce que je confonds ? Je suis perdu, j’hésite. Après avoir passé commande, mes parents sortent fumer. Et là, ne tenant plus, je me jette à l’eau. J’attrape la manche de maman :

« J’ai quelque chose à te dire, tu sais le truc dont on parlait à la radio… »

Et je lui dis. Tout. Comme je n’ai appris que le jour-même la gravité de la situation, je ne prends pas de pincettes. De toute façon, je suis trop jeune pour le faire, n’ayant pas assez de recul pour minimiser la situation.

Non, je n’invente rien

Je vois bien que maman est choquée, mais je sens qu’il faut que je dise tout. Elle finit par me demander si je n’invente pas, si je n’ai pas vu ça dans un film, mais je sens malgré tout qu’elle me croit. (Elle devait essayer de se rassurer, mieux vaut que ça sorte de l’imagination débordante d’un gamin qui serait tombé par hasard sur un film porno, c’est certain).

Mais non, je lui jure. Je n’ai rien inventé.

Et là, tout s’enclenche. Mon père est prévenu, et finit par me croire. Après un ou deux jours à s’assurer que je ne mentais pas, un matin je loupe le réveil. Je descends en hâte l’escalier, pensant être en retard. Papa me rassure. Ce n’est pas grave, on ne va pas à l’école aujourd’hui.

En effet, nous montons plus tard en voiture, direction le commissariat.

Je comprends que je ne suis pas le seul

Arrivé dans le bureau de l’officier de police, ce dernier et un de ses collègues font tout pour me mettre à l’aise (quand j’y repense, je me dis qu’ils avaient de la bouteille, cela se sentait). Les questions commencent, avec toujours en guise de vérification :

« Tu n’aurais pas vu ça dans un film ? »

Mais à un moment donné, innocemment, je leur fais part d’un détail que je n’ai pas pu inventer. À partir de là, je sens au plus profond de moi qu’ils me croient. L’après-midi, je passe des examens médicaux, qui ne confirment rien. Mais mes parents ne me posent plus de questions. C’est peut-être le plus important pour moi.

En rentrant, nous attendent à la maison deux tantes, deux cousines plus âgées que moi et ma grande sœur. C’est à ce moment-là que je comprends : je ne suis pas le seul.

Elles aussi ont subi des attouchements et ont porté plainte. Je respire, je me sens beaucoup moins seul.

En revanche, les quatre autres cousins plus âgés que moi n’ont rien subi. D’où une fracture irréversible dans la famille. De ce que j’ai cru comprendre, certains m’ont traité comme un pestiféré pour avoir détruit ce « bel équilibre familial ».

J’ai 11 ans. À la barre, je tremble

Le procès a eu lieu deux ans plus tard. Mes parents ne voulaient pas que j’y assiste. Mais j’y tenais. Mon avocate, Me Marie-Christine Klepping – que je remercie encore aujourd’hui – m’a laissé le choix et j’ai voulu y aller et prendre la parole.

L’audience se déroule à huis-clos. Après que mon grand-père ait été interrogé, la présidente m’invite à prendre la parole. Je dois à nouveau tout raconter, cette fois-ci dans l’ambiance d’un tribunal. Je bafouille, je tremble à la barre.

Le procureur et la cour me rassurent. Ma sœur et moi nous sommes sentis revivre en entendant les réquisitions du procureur, comparant mon grand-père à Janus, ce Dieu des portes aux deux visages. Que quelqu’un d’aussi important prenne fait et cause pour nous comme cela me réconforte encore aujourd’hui.

Puis c’est le tour de l’avocat de la défense. Non seulement il nous traite de menteurs (ce dont l’avocate nous avait avertis), mais en plus il affirme que tout ceci n’est qu’un tissu de mensonges orchestré par… ma mère, qu’il assimile à « une marâtre » comme celle de Cendrillon. Mec, heureusement que j’ai oublié ton nom. Surtout que, pour être aujourd’hui juriste, je trouve que niveau stratégie, c’est un peu moyen quand la « marâtre » en question n’est pas la mère de ma sœur…

Ma mère n’a jamais pardonné

Le verdict tombe un mois plus tard. Quatre ans de prison avec sursis. Il n’a jamais fait appel. Nous n’avions pas demandé de dommages-intérêts, le fait qu’il soit condamné étant largement suffisant.

On est en juin 2002. Pour la première fois, le mois suivant, mes parents parlent de divorcer, ce qu’ils feront six ans plus tard. Lors de leurs pires disputes, ma mère avait tendance à reparler de « ça ». Elle ne l’a jamais pardonné. Ni à mon grand-père, ni inconsciemment à mon père pour n’avoir rien vu, et surtout pas à elle-même.

Mon père n’en parle plus jamais. Je le comprends, devoir choisir entre son père et son fils, je ne le souhaiterais à mon pire ennemi.

Je me suis tellement détesté

Qu’en est-il aujourd’hui ? Entre-temps, j’ai vu une psychiatre (que je tiens à saluer, elle aussi) pendant deux ans. Mais tout n’a pas cicatrisé.

Quand mes parents ont divorcé, j’ai éprouvé de la culpabilité, ce que je n’ai jamais ressenti par rapport à ce qu’il m’est arrivé. Sûrement parce qu’au moment des faits, je ne me rendais compte de rien.

Curieusement, je n’ai jamais demandé à ce qu’on castre les violeurs ni appelé à la haine. La haine en moi, elle est souvent dirigée contre moi. Je hais mon corps. Quand quelque chose ne tourne pas rond dans ma vie, j’intériorise, me culpabilise et m’auto-flagelle. J’essaye d’aller mieux, de reprendre confiance en moi, mais c’est comme nager avec une ancre attacher aux pieds. J’ai d’abord pensé à tenter de remonter malgré tout, avant de la détacher.

Puis, je l’ai recroisé. À l’enterrement de ma grand-mère, qui a longtemps nié ce qu’il s’était passé mais m’a demandé pardon sur son lit de mort. Je le lui ai pardonné, j’espère qu’elle est partie en paix. J’ai donc revu mon grand-père à l’enterrement. Il n’a pas osé croiser nos regards, à ma sœur, mes cousines et moi. Toute la haine que j’avais enfouie est remontée. Paradoxalement, ça m’a fait un bien fou.

Pour la première fois depuis des années, je haïssais quelqu’un d’autre que moi-même.

Je ne veux plus le cacher

Vous devez vous demander, peut-être, qui je suis ? Un mec plutôt gentil, toujours d’humeur égale, mais dont le manque de confiance en lui est, paraît-il, palpable. Cela me handicape, que ce soit dans ma vie professionnelle ou sentimentale. Dès lors que je me retrouve en position de « dominer » une fille, je panique. Et évidemment, il y a certaines pratiques que je refuse.

Aujourd’hui, je me sens enfin prêt à exorciser tout ça. D’où cet article. Certains, que je considère comme faisant partie de mes meilleurs amis et qui se reconnaîtront, l’apprendront de cette manière. J’en suis désolé, mais il m’a fallu du temps pour assumer. Assumer le fait que je n’y étais pour rien. Assumer qui je suis. Cela fait partie de moi et je me suis construit autour de « ça ».

Oui, j’ai dû faire une fellation, oui j’ai été pénétré, oui la première personne que j’aie embrassé, c’était mon grand-père. Mais je n’ai rien fait de mal. Ce n’est pas moi le méchant de l’histoire. Je ne veux plus le cacher.

Ces lignes sont aussi destinées aux personnes ayant subi « ça », en particulier les autres hommes. N’y voyez aucune discrimination. C’est juste que je souhaite attirer l’attention sur la problématique du viol masculin. Et, contrairement à d’autres, je ne distingue pas le fait de l’avoir été par un homme ou une femme.

Quoiqu’il arrive, un viol est un viol, avec son lot de souffrances. Je peux témoigner à quel point il est difficile de vivre avec « ça », on se sent suffisamment sale, coupable et tout ce que vous voulez pour ne pas faire une « hiérarchie ». Le droit pénal en fait une. La souffrance des victimes n’en fait pas.

Si vous lisez mes lignes et que vous vous reconnaissez, c’est bien la preuve que vous n’êtes pas seul. Vous n’avez ni à vous cacher, ni à en avoir honte et surtout pas à garder ça pour vous. Croyez-moi, c’est ce qu’il y a de pire et de plus destructeur.

Je n’aurais pas pu avancer si mes parents ne m’avaient pas cru. Je n’aurais pas pu avancer si les policiers ne m’avaient pas cru. Je n’aurais pas pu avancer sans l’aide et le réconfort apportés par mon avocate. Les associations d’aide aux victimes existent et savent trouver les mots, idem pour les avocats spécialisés. Tous peuvent se battre pour vous. Vous n’êtes pas seul(e).

source  : nouvelobs.com

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