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SOCIÉTÉ : « Les prisons ne sont plus des institutions, mais un business! » Archie Shepp

 Il est une icône du free jazz, cette musique d’essence révolutionnaire qui accompagnât les mouvements protestataires des années 60-70. Mais s’il est l’une des dernières légendes vivante du jazz, le saxophoniste Archie Shepp est avant tout un militant. Pour preuve, son dernier projet, Attica Blues Big Band, qu’il a récemment défendu au festival Sons d’hiver… Portrait d’un artiste aussi brillant qu’engagé.

Avec son chapeau noir et son saxophone ténor aux lèvres, on pourrait le croire figé sur un cliché en noir et blanc du célèbre photographe William Claxton. Qu’on ne s’y trompe pas : Archie Shepp, soixante-dix-sept ans au compteur, est non seulement en phase avec son temps, mais il pourrait bien donner du fil à retordre à bien des jeunots.

Co-fondateur, dans les années 60, du révolutionnaire free jazz, courant aussi détonant que déroutant par son refus des règles établies, l’artiste revient avec Attica Blues Big Band. Un projetà l’image de sa vie – trépidante et militante – dans lequel Archie Shepp remet au goût du jour ce concept immortalisé en 1972 par son célèbre album Attica blues. « J’ai fait deux disques avec des grands orchestres qui portent le nom Attica. Le troisième disque, I hear the sound, est sorti en 2013 sur mon label Archieball », précise le jazzman, dont le dernier projet a vu le jour il y a deux ans, à l’initiative de sa femme, Monette Berthomier.

 

 

« We call it a rebellion »

« Attica, Attica ! » Comme un cri de défi à l’autorité, ce nom scandé par Al Pacino dans le film Un après midi de chien (Sidney Lumet, 1975) renvoie directement à la sanglante répression de la prison d’Attica dans l’État de New-York, qui fit trente-neuf morts les 9 et 13 septembre 1971. Une histoire qui résonne encore aujourd’hui… En témoigne le travail de Martin Sarrazac et Lola Frédérich, deux documentaristes qui ont suivi Archie Shepp lors du festival Jazz à la Villette en 2013, et relatent ces tragiques événements dans leur film « The sound before the fury »1, sorti en 2014.

On y découvre ainsi une archive de John Johnson, reporter Afro-américain et premier producteur noir de documentaires télévisés aux États-Unis, bouleversé par le drame qui s’est joué derrière les murs carcéraux. À l’époque, les médias mainstream opèrent alors un glissement sémantique comparable à celui survenu en France en 2005, quand la presse qualifia d’« émeutes de banlieue » l’embrasement qui suivit les décès de Zyed et Bouna (à Clichy-sous-Bois). Cette expression du malaise des quartiers populaires a pourtant un autre nom : la révolte. Ce que ne manque pas de rappeler Archie Shepp, sur scène, en évoquant le drame de septembre 1971 : « The newspapers called it a riot We called it a rebellion ! ».

La révolte d'Attica, en 1971 - Associated Press

Organisé par des détenus noirs de la prison d’Attica, le soulèvement s’était déclenché quelques jours après la mort, le 21 août 1971, de George Jackson, un membre du Black Panther Party tué par des gardiens dans la cour de la prison de San Quentin. En écho à cette histoire violente qui entache la bannière étoilée, Archie Shepp a d’ailleurs appelé l’une de ses pièces « Blues from Brother Jackson », sur son mythique Attica Blues. « Depuis, le pourcentage de Noirs en prison a empiré. Aujourd’hui 20% des Noirs américains de 20 à 30 ans sont incarcérés. Les prisons ne sont plus des institutions. Elles sont devenues un business de prisons privées, donc contrôlées par des capitalistes. Ils construisent plus de prisons et cherchent à les remplir! », rappelle aujourd’hui l’artiste.

Le changement? Pas pour maintenant

Pour le saxophoniste, l’état des prisons est d’ailleurs loin d’être le seul à s’être détérioré : « Presque rien n’a changé, à part l’accroissement de la dette. Les Noirs habitent toujours dans des ghettos où la criminalité est très élevée. Les gamins n’ont pas accès à une bonne éducation. Les familles ont éclaté. En anglais, on parle de ‘break-up’. Des milliers de gens sont au chômage. Qu’est-ce qu’on attend pour changer tout ça? En France, on parle des djihadistes. Où vont ces jeunes? Ils n’ont pas de travail en France. Il y a toujours beaucoup de racisme contre les musulmans en France, au Danemark…. II faut changer d’attitude, préserver la famille, donner une chance à l’éducation et à l’emploi des jeunes. Donner des possibilités et de l’espérance aux victimes de ce capitalisme fou que l’on subit actuellement ».

La perspective d’un changement, entrevue en 2008 avec la victoire de Barack Obama aux élections américaines ? Archie Shepp n’y a pas cru un seul instant. « J’ai voté pour lui parce qu’il était noir. Je pensais qu’il était temps pour l’Amérique de se confronter au problème historique du racisme. En revanche, je n’avais aucune confiance dans sa capacité à changer la donne du racisme, du chômage…. Au contraire. Je pense qu’un homme blanc a plus de chance dans mon pays de résoudre des conflits qu’un Noir. Obama a tout le temps des problèmes avec le Congrès qui l’éloignent de ce qui concernent la nation. Un président noir est toujours confronté au racisme. Ça le gêne pour résoudre les problèmes politiques qui n’ont rien à voir avec cette question, comme la géopolitique : Daesh, le Pakistan, l’Afghanistan, l’Europe… La question de la race est un handicap. Les États-Unis n’étaient pas prêts pour un président noir ».

« I forgive but I don’t forget »

La dénonciation des maux du système n’est pas une nouveauté pour Archie Shepp, qui a vu le jour en 1937 en Floride, dans un sud complètement ségrégué. « Là où je suis né, à Fort Lauderdale, un Noir a été lynché. Ce sont des choses qui restent. À propos de la Shoah, les Juifs disent : « Ne jamais pardonner. Ne jamais oublier ». Je suis chrétien. Je pardonne… mais je n’oublie pas ». Lui qui grandit à Philadelphie baigne depuis très jeune dans un bain musical – son père jouait le blues au banjo -, mais aussi politique : « Mon peuple a toujours été conscient d’être opprimé. À la maison, j’entendais des discussions politiques. Mon père, ma grand-mère, ma tante… Tout le monde était très engagé sur la question des droits civiques, de l’esclavage et des progrès pour les Noirs ».

Sur l’album Attica blues, « Steam » évoque d’ailleurs l’assassinat d’un cousin du jazzman, avec une tonalité qui reste actuelle2 : « J’étais au lycée quand il a été assassiné dans les rues de Philadelphie. Ça m’a beaucoup ému. Il n’avait que quinze ans ». Une fois encore, passé et présent se télescopent lugubrement, l’actualité récente restant émaillée de plusieurs décès d’Afro-américains abattus par la police : Walter Scott à North Charleston ce mois-ci, Michael Brown à Ferguson en août 2014, Trayvon Martin en Floride en 2012… « À Cleveland, en novembre 2014, Tamir Rice, un adolescent noir de douze ans, a également été tué. La police croyait qu’il était armé. Il avait un pistolet en plastique! C’est triste. Les choses ne changent pas. Le gouvernement, même avec un président noir, n’a pas changé de psychologie. Les classes moyennes restent très loin des problèmes des gens de la rue », observe Archie Shepp.

 

la suite sur the-dissident.eu

 

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